Cambo-les-Bains, un refuge contre la célébrité

Edmond Rostand au jardin. Photographie restaurée et colorisée par Pierre Néron

UN RAZ-DE-MAREE DE GLOIRE

Edmond Rostand en 1900 est un homme immensément célèbre. Depuis le 27 décembre 1897, la vie d’Edmond Rostand est bouleversée par un succès inouï, Cyrano de Bergerac. Au soir de la première, ce jeune poète presqu’inconnu, rencontre une triomphe inimaginable. Quarante rappels, deux heures d’acclamations. Un raz-de-marée de gloire déferle, phénomène qui ne s’était plus produit depuis Victor Hugo. Cyrano va être suivi de l’Aiglon, pièce qui assoit encore davantage son prestige. Le comble de la reconnaissance arrive le 30 mai 1901 avec son élection à l’Académie française. Le piège de la notoriété se referme sur lui. Il est assailli par ses admirateurs. Paris est devenue son calvaire.

Edmond Rostand au jardin. Photographie restaurée et colorisée par Pierre Néron

Cambo-les-Bains havre de paix

Cambo-les-Bains, petite ville au cœur du Pays basque où il était venu se soigner à l’automne 1900, lui fournit une bouée de sauvetage. Sa décision est prise, il quitte définitivement Paris, vend son hôtel particulier et s’installe en janvier 1902 à Etchegorria, grande maison sur la rue principale.

Rapidement, un féroce besoin de créer le reprend. Il se lance dans deux projets apparemment opposés mais qui sont en réalité sœurs jumelles : l’écriture d’une nouvelle pièce de théâtre et la construction d’une demeure.

La pièce de théâtre mettra huit ans à naître. La maison, elle, sort de terre en un temps record.

Un terrain harmonieux pour créer son rêve

Pour construire la demeure de ses rêves, Edmond Rostand parcourt la campagne à la recherche d’un terrain En juillet 1902, après des semaines de recherches, Edmond Rostand a enfin trouvé l’endroit idéal. Le futur domaine d’Arnaga se situe sur un éperon à la confluence de la Nive et d’un petit ruisseau l’Arraga, qui donnera le nom du domaine adouci d’un N, Arnaga. Au comble de l’enthousiasme, il le fait découvrir à Paul Faure. Au début, ce que voit ce dernier « n’avait rien d’admirable ». Ils s’enfoncent dans les épaisses fougères du coteau. « C’est un bois long et étroit, très basque avec ses chênes épais, bas, pareils à des candélabres massifs et tordus ». Les broussailles entravent leur marche. « Il faut dix minutes pour faire dix pas […] les bras et les jambes déchirés par les ronces ». Ils arrivent sur « un vaste plateau nu, dans une immensité d’air, de lumière et de ciel. De tous les côtés, le paysage se développe, à la fois grandiose et gracieux, sauvage et riant. Magnifique  ». Pour Rostand, il n’y en a rien de plus beau. « Il est rare que le paysage n’ait pas quelque imperfection […] ce plateau-ci, dans quelque direction que l’on se tourne, le tableau est harmonieux en tous ses détails, parfait de proportions et de mesure ». Même le paysage lointain, semble « avoir été disposé par une volonté d’artiste ».